Projet d'association · Suisse romande
C'est notre secret.
Un adulte qui demande à un enfant de ne rien dire à ses parents, c'est le signal d'alarme le plus fiable qui existe.
Encore faut-il que l'enfant l'ait appris. Aujourd'hui, on ne le lui apprend pas.
Ce qu'on leur enseigne ne marche pas
« Méfie-toi des inconnus. » C'est le message qu'on répète aux enfants depuis vingt ans.
Sauf que dans la majorité des cas, l'agresseur est un proche — quelqu'un que l'enfant connaît et en qui il a confiance. Et en ligne, il se présente comme un jeune de treize ans.
On prépare donc les enfants au scénario le plus rare, et pas à celui qui arrive vraiment.
On n'apprend pas aux enfants à reconnaître qui leur parle. On leur apprend à reconnaître ce qui leur est dit.
Peu importe qui c'est — connu, inconnu, adulte, prétendu enfant, membre de la famille. Certaines phrases doivent déclencher une alarme, immédiatement. Les voici.
C'est entre nous, le dis pas à tes parents.
Le secret imposé vis-à-vis des parents. Le marqueur le plus fiable, et le premier qu'on enseigne.
Je t'offre des Robux.
Le cadeau — skins, monnaie de jeu, abonnement, argent. Il crée une dette et prépare l'échange.
On continue sur Snap, en privé.
Quitter l'espace public et modéré pour un espace fermé, où plus personne ne voit rien.
T'es pas comme les autres, tes parents te comprennent pas.
Le statut spécial : de l'isolement déguisé en compliment. On coupe l'enfant de son entourage avant tout le reste.
Je t'ai envoyé une photo. À toi maintenant.
L'escalade par réciprocité. Ça commence toujours par quelque chose d'anodin.
C'était juste une blague, t'es choqué ?
Le test. Une question un peu limite pour voir la réaction. Si l'enfant rit ou se tait, ça continue.
Il n'est jamais trop tard. Ce n'est jamais ta faute.
La phrase que nous voulons répéter à chaque séance. Le chantage ne fonctionne que si l'enfant se croit coupable — alors on casse ce levier avant qu'il serve. Et chaque enfant repartira en ayant nommé trois adultes de confiance.
Une plateforme éducative, en accès libre
C'est le cœur du projet, et c'est ce que nous construisons en premier.
Aujourd'hui, un enseignant qui veut aborder ce sujet avec sa classe n'a presque rien d'utilisable. Un parent qui découvre quelque chose sur le téléphone de son enfant non plus. C'est ce vide que nous voulons combler : des ressources par public — enfant, adolescent, parent, enseignant, direction —, des modules de formation, et un parcours d'orientation pour ceux qui font face à une situation concrète.
Gratuite et en accès libre, sans condition. Ce choix est délibéré : une ressource payante ne comblerait pas ce manque, elle le déplacerait. Hébergement en Suisse, sans exception.
Notre ambition à terme est de la proposer à l'éducation cantonale, et pourquoi pas un jour au-delà. Nous n'y sommes pas — mais c'est la direction, et elle guide nos choix dès maintenant.
Ce que ce site fait, et ce qu'il ne fait pas
Clairevoie rassemble, explique et oriente. Il n'intervient pas en classe, n'anime aucune formation et ne se déplace nulle part : c'est un site, pas une organisation.
Ce que vous y trouvez est gratuit, en accès libre, hébergé en Suisse. Rien n'est vendu, rien n'est collecté, personne ne viendra chez vous.
Ce que nous ne ferons jamais
Ce sont des règles que nous nous sommes données. Elles sont publiées ici pour que vous puissiez nous les rappeler.
- Aucune enquête, aucune surveillance, aucune identification de personne.
- Aucun faux profil, aucun appât, aucune provocation.
- Aucun contenu illicite reçu, stocké ou transmis. On signale une adresse aux autorités compétentes, jamais un contenu.
- Aucune personne désignée publiquement. Nous ne nous prononçons jamais sur la culpabilité ou l'innocence de quiconque.
- Aucune justice privée. Nous nous en désolidarisons, publiquement et sans réserve.
En Suisse, la poursuite pénale appartient aux autorités : la police enquête sous la surveillance et les instructions du ministère public, qui dirige la procédure préliminaire (art. 15, 16 et 61 CPP). Les techniques d'infiltration — fausse identité, appât, mise en scène — sont définies par la loi comme des mesures d'enquête réservées à des membres d'un corps de police (art. 285a, 286, 293 et 298a CPP). S'y ajoutent deux risques plus lourds : détenir ou transmettre un contenu pédocriminel est en soi punissable (art. 197 al. 4 et 5 CP), et une provocation peut conduire le juge à libérer l'auteur de toute peine (art. 293 al. 4 CPP). Nous informons et nous orientons — c'est tout, et c'est déjà beaucoup.
Il nous manque une relecture
Le projet est porté par des gens du numérique. La méthode est posée, les contenus destinés aux adultes sont en ligne, le site, nous savons le construire.
Sur un site, l'enfant lit seul. Dans une salle, un adulte voit sa réaction et rattrape une maladresse. Devant un écran, à vingt-trois heures, il n'y a personne. Un texte sur les violences sexuelles lu par un enfant qui en a vécu peut le renvoyer à ce qu'il a subi, sans que quiconque s'en aperçoive.
C'est pourquoi aucun contenu destiné à des enfants n'est publié tant qu'un ou une pédagogue et un ou une psychologue de l'enfance ne l'ont pas relu. Nous ne demandons pas d'entrer dans une structure : il n'y en a pas. Une relecture, un avis franc — « ça, c'est publiable » ou « ça, surtout pas ».
Rejoindre le projet
Quelques minutes suffisent. Nous répondons à chaque message.