Le point de départ

Ce qu'on leur enseigne ne marche pas

« Méfie-toi des inconnus. » C'est le message qu'on répète aux enfants depuis vingt ans.

Sauf que dans la majorité des cas, l'agresseur est un proche — quelqu'un que l'enfant connaît et en qui il a confiance. Et en ligne, il se présente comme un jeune de treize ans.

On prépare donc les enfants au scénario le plus rare, et pas à celui qui arrive vraiment.

La liste

Six phrases qui doivent déclencher une alarme

Peu importe qui c'est — connu, inconnu, adulte, prétendu enfant, membre de la famille. Certaines phrases doivent déclencher une alarme, immédiatement. Les voici.

C'est entre nous, le dis pas à tes parents.

Le secret imposé vis-à-vis des parents. Le marqueur le plus fiable, et le premier qu'on enseigne.

Je t'offre des Robux.

Le cadeau — skins, monnaie de jeu, abonnement, argent. Il crée une dette et prépare l'échange.

On continue sur Snap, en privé.

Quitter l'espace public et modéré pour un espace fermé, où plus personne ne voit rien.

T'es pas comme les autres, tes parents te comprennent pas.

Le statut spécial : de l'isolement déguisé en compliment. On coupe l'enfant de son entourage avant tout le reste.

Je t'ai envoyé une photo. À toi maintenant.

L'escalade par réciprocité. Ça commence toujours par quelque chose d'anodin.

C'était juste une blague, t'es choqué ?

Le test. Une question un peu limite pour voir la réaction. Si l'enfant rit ou se tait, ça continue.

Ce que les six ont en commun

Une phrase, un levier

Chacune de ces six phrases fait le même travail : elle déplace l'enfant hors de portée des adultes qui le protègent. Le secret l'éloigne de ses parents. Le cadeau installe une dette. Le passage en privé fait sortir la conversation de l'espace modéré. Le statut spécial le coupe de son entourage. La photo échangée engage sa part. La blague mesure jusqu'où on peut aller.

C'est pour cela que la question « est-ce que je connais cette personne ? » ne protège pas. Un proche peut dire ces phrases. Un profil qui se présente comme un jeune de treize ans peut les dire aussi. La phrase, elle, ne change pas.

Ce n'est pas l'identité de la personne qui donne l'alerte. C'est ce qu'elle demande.

Un enfant qui reconnaît la phrase n'a pas besoin de comprendre l'intention derrière. Il a juste besoin de savoir qu'à ce moment-là, il en parle à un adulte de confiance.

Ce qui accompagne la liste

La phrase qui casse le chantage

Il n'est jamais trop tard. Ce n'est jamais ta faute.

La phrase que nous voulons répéter à chaque séance. Le chantage ne fonctionne que si l'enfant se croit coupable — alors on casse ce levier avant qu'il serve. Et chaque enfant repartira en ayant nommé trois adultes de confiance.

Les six phrases servent à reconnaître. Celle-ci sert à revenir. Un enfant qui a déjà répondu, déjà envoyé, déjà dit oui, doit pouvoir en parler quand même — c'est la seule chose qui arrête la suite.

Ce que mesure la recherche

Nous ne publions aucun chiffre sans son étude, son année et son lien. Ceux-ci viennent de JAMES 2024, l'enquête de référence sur les jeunes et les médias en Suisse, menée par la ZHAW auprès de 1 183 jeunes de 12 à 19 ans.

32 %

des jeunes de 12 à 19 ans en Suisse ont été abordés en ligne par un inconnu avec des intentions sexuelles non désirées au cours des deux dernières années. 45 % des filles, contre 20 % des garçons.

26 %

ont été incités à envoyer des photos érotiques d'eux-mêmes. C'est très exactement la cinquième phrase de la liste ci-dessus.

36 % se sont par ailleurs vu poser des questions sur l'apparence de leur corps par un inconnu.

Source : étude JAMES 2024, ZHAW, chapitre 11.3. Une réserve que l'étude formule elle-même : ses questions ne portent pas toutes sans ambiguïté sur des contacts non désirés — chez les plus âgés, une part peut relever d'un échange consenti. Le format de réponse ayant changé, la ZHAW précise qu'aucune comparaison avec les éditions précédentes n'est possible.

Pour aller plus loin

La suite

La méthode

Comment ces six phrases s'enseignent, à qui, et pourquoi un réflexe se retient par répétition et pas par une séance unique.

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